Médecine de luxe

Dans le cadre de notre assurance santé, nous avons souscrit à un bilan annuel. Le check-up proposé est complet (prise de sang, tests visuels et auditifs, mammographie, vaccins…) et coûte 200 dollars (autant dire une broutille, au regard des tarifs pratiqués ici). En pratique, Le bilan commence par un questionnaire de santé.  On vous demande votre poids, votre taille, vos antécédents familiaux, bref que des détails classiques, avant d’arriver aux pages « Women’s Health » ou « Men’s Health ». Là, ça devient plus original. On vous demande si vous avez eu des relations sexuelles avec des hommes, des femmes, les deux, puis le nombre de partenaires que vous avez eu ces 12 derniers mois, avant d’atterrir sur la rubrique HIV, où l’on vous demande si vous êtes monogame et vous pose des questions forcément détaillées sur vos pratiques sexuelles… Plutôt marrant dans un état réputé puritain.  Arrive ensuite la section « Bien-être » où l’on s’enquiert de votre degré de joie de vivre par la question : « Vous êtes-vous déjà dit que vous seriez mieux mort ou blessé ?» (bizarrement on ne vous demande pas avec quelle arme vous avez songé à vous suicider, comme quoi le Texas est moins « pro gun » qu’on ne le pense). Puis on tombe sur la section « alimentaire », très rigolote elle aussi, avec ses questions qui en disent long sur les habitudes alimentaires américaines : « Combien de fois par semaine mangez-vous des pommes de terre, sans compter les frites, les chips et les patates sautées ? », « Combien de snacks prenez-vous par jour » et ma préférée : « Mangez-vous des snacks en regardant la télévision ? ». Un joli mode d’emploi pour tous les futurs obèses de la terre. Les diététiciens américains ont du boulot, ça n’est pas une légende.

Une fois le questionnaire rempli, vous êtes invités à vous rendre dans un centre médical privé. Et très franchement il y a de quoi être impressionné. Les locaux et l’accueil sont dignes d’un hôtel 4 étoiles. A peine la porte franchie, vous êtes pris en charge. Tout le monde est aux petits soins et arbore un sourire « ultra-bright ». Côté rendez-vous, tout est réglé au cordeau. Pas besoin d’attendre des heures. Les examens défilent avec la précision d’une horloge. En deux heures, vous enchaînez prise de sang, tests visuels et auditifs, mesure du souffle… . avant d’être appelé pour un test d’effort. Pour ma part, c’était la première fois que j’en faisais un et je n’ai pas été déçue du voyage. Dès les premiers instants j’ai su que ça serait une expérience. D’abord, il y a eu le laïus du médecin qui m’a expliqué en long, en large et en travers, tous les risques que j’encourais. Puis j’ai dû déclarer devant témoin, que j’avais conscience des dangers et prenais la responsabilité de me soumettre au test. Plus théâtral tu meurs !

Ensuite le test a démarré. D’un geste volontaire j’ai agrippé le tapis de course, et j’ai commencé à avancer. L’air dégagé, j’ai trottiné, sourire aux lèvres, feignant la décontraction pour faire bonne figure après le passage de mon cher et tendre (qui, soit dit en passant, a fait exploser les watts et laissé le médecin pantois). Sauf qu’évidement, au bout de 10 minutes, la réalité m’a rattrapée (n’est pas triathlète qui veut). Courant frénétiquement sur le tapis tel un hamster emporté par sa roue, j’ai commencé à fatiguer. Mais c’était sans compter sur le support du public. Dès le premier fléchissement, les encouragements du médecin ont fusé : « You’re doing a great job ! », « You’re amazing ».  Ah, le renforcement positif ! Ici, c’est un sport national. Heureusement que j’étais concentrée sur mon effort, sinon j’aurais éclaté de rire. Je ne pensais pas que le renforcement positif me poursuivrait jusque chez le médecin. Cela dit, il faut bien reconnaître que ça a du bon. Le positif made in Texas finit toujours par vous mettre de bonne humeur. C’est déjà pas si mal !

Une fois les résultats en main (je suis apte à faire du sport), j’ai franchi la porte du dernier médecin. Sympa, il a parcouru mon dossier médical dans le détail, avant de m’emmener dans la salle d’à côté pour passer à l’examen clinique global. Jusque-là tout était conforme à la médecine européenne. Quand soudain, il m’a annoncé qu’il partait chercher une collègue. Sur le coup, je n’ai pas compris. Puis tout s’est éclairé. J’ai compris qu’étant un homme, il ne pouvait me faire l’examen mammaire prévu dans mon bilan, sans faire appel à un témoin féminin pour éviter tout risque de procès. Ça m’a laissé sans voix. La médecine est révélatrice de bien des choses… J’avais fini par l’oublier. Mon bilan annuel me l’a gentiment rappelé.

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