Génération CD

Lorsque l’on est expat’, on finit par aimer la dématérialisation. Faire et défaire ses bibliothèques tous les trois ans, ça finit par user. Surtout quand on a plus de 2000 bouquins et CD en stock (vous devriez voir la tête des pauvres déménageurs à chaque inventaire….). A force de vider des cartons, on rêve d’alléger ses armoires. On est prêt à tout essayer : e-book, musique en streaming, téléchargement payant. A l’image des américains qui consomment désormais plus de musique en streaming que de CD, on devient peu à peu les rois du numérique. On tend vers « l’art du vide », cette utopie d’un chez-soi sans bibelots superflus….

Jusqu’à ce que la nostalgie nous assaille. J’en ai pris conscience cette semaine, lorsque mes yeux ont croisé un panneau géant faisant la promo du nouvel album de Weezer. Je ne peux pas vous dire pourquoi, mais ça a fait vibrer la fibre nostalgique qui sommeillait en moi. Ni une, ni deux, je me suis précipitée chez un disquaire et me suis jetée sur les bacs à CD. Comme une archéologue, j’ai fouillé méthodiquement, veillant à ne rater aucun fossile précieux. J’ai épluché l’intégralité du rayon, sans oublier d’admirer au passage les pochettes « kitschissimes » des chanteurs de country (Texas oblige).

Après 20 minutes passées à fouiner dans tous les bacs, j’ai saisi avec détermination 3 CD Pop-Rock de bonne facture (ne rêvez pas, je n’ai pas changé au point d’acheter de la country) et me suis dirigée vers la caisse. Je jubilais intérieurement en pensant à tous les petits bonheurs qui m’attendaient :

– La surprise de la première écoute, sorte de roulette russe musicale aujourd’hui si désuète (qui achète de nos jours un album sans jamais l’avoir écouté ?).

-La découverte de la pochette, livrant tant de secrets insolites, artistiques et souvent déjantés.

-La joie de manipuler chaque disque avec précaution.

-La satisfaction « militante » d’avoir soutenu un artiste, voire l’industrie musicale tout entière (tant qu’à faire, autant se donner bonne conscience).

Mon adolescence avait repris le dessus. Chaque instant me revenait en mémoire : Le souvenir heureux de mes premiers 45 tours, de mon walkman à cassette puis des CD que j’entassais frénétiquement, à l’âge où d’autres collectionnaient les fringues de marque. J’ai compris que j’étais chanceuse. Qu’avec un simple petit CD, je pouvais renouer avec mes souvenirs du passé. Alors certes, ça ne marche pas avec tous les disques, on s’entend. Un album des Forbans ou de Maître Gims, fonctionne forcément moins bien qu’un « Köln Concert » de Keith Jarrett. Mais quel plaisir de pouvoir encore acheter quelques galettes argentées. Alors, au diable la dématérialisation ! Fini le tout numérique ! Les CD disparaitront bientôt des rayons. Il est grand temps d’en profiter, de continuer à en acheter, et d’assumer sans se cacher le statut de quarantenaire « vintage » qui conjugue sans en avoir honte les technos « has been » du passé et les dernières inventions de l’année.

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