L’élection de Trump, t’en penses quoi ?

Jusqu’à hier soir, je ne me sentais pas directement concernée par les élections américaines. J’ai beau habiter au Texas, je vivais l’événement comme une spectatrice, avec un brin de détachement et d’amusement. Je trouvais profondément exotique de vivre ça depuis les US et pour être sincère, j’étais un peu déçue du manque d’effervescence locale autour de ces élections. Je déplorais le faible nombre de panneaux aux couleurs des partis dans les jardins, le manque de discussions passionnées avec nos contacts américains (bah ouais, je suis Française, alors une élection sans débat, c’est comme une crêpe au sucre sans beurre : c’est forcément décevant). Bon au moins, j’ai découvert un truc au passage, c’est que les débats entre amis, c’est mission impossible ici. Les texans préfèrent mettre un sticker « pro Républicain » ou « pro Démocrate » sur leur 4×4, que d’avoir à argumenter avec quelqu’un qui « risque » de ne pas penser comme eux. Donc forcément, ça limite les échanges… Bref, j’assistais à la campagne électorale, comme d’autres assistent à un spectacle de funambules. Interloquée par Trump et ses outrances, mais profondément convaincue qu’Hillary ne pouvait pas tomber. Et puis la soirée d’hier soir est arrivée et j’ai vécu incrédule ce tremblement de terre que personne n’avait vu venir. Tout s’est fait en douceur. Comme dans un film au ralenti. En quelques heures, les US ont basculé. Et moi avec. J’ai pris un uppercut dans les gencives et ma naïveté a volé en éclat. Non, le racisme, le sexisme, l’obscurantisme ne sont pas derrière nous. Il y a des millions de gens qui soutiennent les propos haineux de Trump, des millions d’hommes et de femmes qui pensent comme lui, et c’est effrayant. Personne ne l’avait anticipé. Moi la première. Je vis depuis des années dans un microcosme. Un monde de Bisounours où tout le monde pense pareil. Je n’ai pas vu venir cette vague de haine et de souffrance.  Et je me demande sincèrement où tout cela va nous mener aux US, mais aussi dans le monde.

Alors, faut-il pour autant désespérer ? Faire ses valises ? Depuis ce matin, j’ai reçu plus de 10 messages me demandant si on allait rentrer en France ! Franchement, ça m’a fait sourire. A croire que tout le monde s’était donné le mot. Pourtant, je ne crois pas que ça soit la solution. Le mal est bien plus profond que ça. Cette vague de populisme et de malaise social est sous-jacente partout, France en tête. Alors, que faire ? D’abord, je vais me faire un malin plaisir à faire mentir Mr. Trump. Face à la division et à l’individualisme, je vais me la jouer collective (c’est mon côté volleyeuse qui ressort). Continuer à m’investir plus que jamais dans la vie associative, ici comme ailleurs. Je vais passer en mode « action » et me bouger les fesses. Parce que c’est en agissant collectivement, chacun à notre petit niveau, que l’on peut construire d’autres voies. Tiens, je vais même continuer à faire des trucs avec mes copains de partout dans le monde. Parce que, si dérisoire et futile que cela puisse paraître, nos échanges sont la preuve vivante qu’il est possible de s’enrichir de nos cultures mutuelles et de faire émerger des projets de nos rencontres improbables… Ensuite je vais voter et relever un défi difficile : continuer à croire en l’espèce humaine. Et en ce moment, c’est un sacré challenge. Parfois, on se croirait à la fin du Crétacé à quelques jours de l’extinction des dinosaures. Comme si la nature humaine nous guidait inexorablement vers l’autodestruction.

Et surtout, je vais continuer à enseigner à mon fils qu’il faut respecter les autres, les lois, dire la vérité, être civique. Vous voyez, toutes ces valeurs « cucul la praline » qui sont sur le déclin, et dont on n’a même plus besoin aujourd’hui pour devenir président de la république… Vous savez quoi ? Je vais même lui apprendre que les femmes ont le droit de travailler et de disposer de leur corps et de leur avenir. Il paraît qu’en ce moment, c’est un concept hyper subversif aux US, comme ailleurs. J’en profiterai aussi pour lui apprendre à faire la vaisselle, la cuisine et le ménage parce qu’il n’y a pas de raison que les femmes de demain se tapent tout le boulot à la maison. L’éducation, est le nerf de la guerre, et croyez-moi, il y a fort à faire si l’on veut préserver l’avenir des hommes, et celui des femmes en particulier… Vous pouvez compter sur moi pour m’y tenir. Je suis plutôt opiniâtre quand vient le temps de défendre les valeurs auxquelles je tiens. Et vous ?

 

Copyright : DR Fotolia / Vector Illustration © vik_y

Une réflexion sur “L’élection de Trump, t’en penses quoi ?

  1. Ah l’élection de Trump! Uppercut, désarroi, désillusion, tous ces mots pour signifier un effondrement, une fin, une destruction. Comme je suis de nature résolument optimiste, je tente en toutes circonstances de voir le côté positif des choses. Et dans cette élection, le moins que je puis dire est que cette option a été mise à rude épreuve. Livrons-nous néanmoins a l’exercice : il sait ce que c’est qu’une entreprise, il a multiplié les expériences, n’a pas été élevé au sein de cette microsociété ultra fermée que forment nos représentants politiques, ou ils vivent en vase clos. Il n’en connait pas les codes et ne peut donc les observer. Quant à les respecter, sa campagne illustre bien qu’il ne saurait en être question. Tout l’inverse de Clinton.
    Alors je reprends : outre le racisme, le sexisme, l’obscurantisme, la haine … , j’ajouterais volontiers l’inconstance, la grossièreté, le mensonge … la liste deviendrait litanie si mes années passées à l’étranger n’avaient pas tant réduit mon vocabulaire. Toutes ces tares insupportables pour quelqu’un qu’on voudrait qu’il soit un exemple, le leader parfait dont la moindre parole est d’or ou à tout le moins mérite réflexion, la moindre recommandation serait à suivre ou bien méditer, une opinion un principe directeur voire une possible orientation stratégique … Imaginez, un élu ! L’homme immaculé, parfait, pédigrée irréprochable, conduite exemplaire depuis sa plus tendre enfance, le guide spiritual, une reference pour la nation …

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que son adversaire démocrate mérite également son lot de qualificatifs désobligeants fourbe, sournoise, mensongère aussi, hypocrite, voleuse, élitiste … bref ! Tout aussi éloignée de cet idéal de l’élu que l’est son adversaire républicain.

    “Entre la peste et le cholera” comme j’ai si souvent entendu dire, que choisir ?

    Personnellement, le résultat de cette élection ne m’étonne finalement pas tant que ça: les américains aiment ceux qui gagnent. Trump, en tant que businessman, est un symbole de réussite dans la “société civile” (j’adore cette expression lorsqu’il s’agit de distinguer le microcosme politique de la société ou vous et moi évoluons). Clinton, en tant que politique, incarne un monde qui a échoué.
    Trump, il parle comme nous, il dit des gros mots, il se poile, il gueule, il fait des colères il est macho et ne dit pas que tout le monde est beau et gentil. Au fait, moi aussi, je jure, je peste, je m’emporte, je rigole, je dis parfois du mal d’un gars qui se trouve n’être pas nécessairement né en France…

    Face a un tel désert de vision politique de part et d’autre, d’absence totale de crédibilité et d’honnêteté aussi bien intellectuelle que matérielle force est de se raccrocher à des critères pas vraiment raisonnables mais plutôt humains pour faire son choix, aussi désespérant soit-il d’en être rendu là. C’est pour cela que ce résultat ne m’étonne assez peu. Pas un effondrement mais plutôt l’envie d’essayer autre chose que ce qui nous a conduit jusqu’ici.

    Je redoute d’autant plus que nous soyons confrontés à un choix similaire en mai prochain mais poursuivrai sans relâche a développer la capacité de discernement de mes enfants tout en cultivant l’optimisme : on en a qui commencent en politique et qui pourraient nous sauver des deux maladies.

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