L’effet boomerang

Ca y est, j’ai craqué. Malgré mes réticences initiales, je suis devenue parent déléguée dans la classe de mon fils. J’ai mis le doigt dans l’engrenage. Et je ne le regrette pas. Parce que ça n’est pas qu’une activité pour femme d’expat’ en mal d’occupation (je vous vois venir !). C’est se frotter aux codes culturels américains. Et c’est parfois très troublant. Prenons par exemple la question en apparence anodine du bénévolat dans les écoles. Aux Etats-Unis, c’est un passage obligé. Les familles doivent mettre la main à la pâte et au portefeuille. Les sollicitations sont sans fin : fêtes, sorties scolaires, levées de fonds, réunions en tout genre, lecture à la bibliothèque…. N’avouez jamais que vous êtes d’origine bretonne, vous  seriez  propulsé crêpier en chef ou joueur de biniou aux prochaines fêtes de l’école. Mais attention : ici, pas question d’être un bénévole à la petite semaine. Il faut être accrédité pour pouvoir approcher les enfants. Et qui dit accréditation, dit étapes à franchir. Tout démarre avec un « background check », c’est-à-dire une vérification de votre casier judiciaire. L’école s’assure que vous n’êtes ni un criminel, ni un délinquant sexuel. Ensuite, elle vous invite à une formation pour les futurs bénévoles. Je pensais naïvement que c’était une formation « pratique » donnant des infos sur ce que l’on attend des parents pendant les sorties, sur la gestion des groupes, les premiers secours… Mais non. La formation à laquelle j’ai participé était consacrée à 95% à la question du harcèlement sexuel. Et je me suis longuement demandé pourquoi. L’école souhaite bien évidemment protéger ses élèves, ce qui soit dit en passant semble une bonne idée, vu le nombre d’enfants concernés dixit les chiffres présentés à la formation (1 fille sur 4, 1 garçon sur 8). Mais elle veut aussi se protéger et protéger les parents d’élèves. Et c’est là que l’on mesure le fossé culturel qui nous sépare des Etats Unis. Car au pays où les procès sont rois, la question du harcèlement prend un relief très particulier. Ici chaque affaire est une menace pour la stabilité de l’école, un enjeu vis-à-vis des assurances.  D’ailleurs la formation nous l’a bien fait sentir : pour les parents bénévoles, chaque geste compte ; Il faut être attentif à tout, même à nos propres gestes. La communication peut être source de malentendus, surtout pour nous les Français, qui sommes habitués à une communication corporelle latine, plus proche d’autrui que dans la culture américaine. Ici, pas question par exemple de donner la main aux enfants américains pendant les sorties scolaires. On vous conseille de ne jamais rester seul avec un élève et de ne jamais le toucher pour éviter tout risque de procès. Pas facile à avaler pour les Français que nous sommes. Mais important à intégrer pour se plier aux codes culturels locaux… Je réalise soudain le poids de ma « Frenchitude ». L’effet boomerang se fait sentir. C’est aussi ça l’expatriation : un jeu de miroir déformant. Un défi d’adaptation quotidien, qui se niche jusque dans les plus petits détails…

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