Facebookite aiguë

Voici 22 jours que j’ai cessé d’écrire.  Trop de choses à digérer depuis le 13 novembre. J’avais besoin de recul. Il faut dire qu’au-delà des émotions suscitées par les événements, j’ai chopé un syndrome sournois et très persistant : une « Facebookite aiguë » doublée d’une addiction sévère aux news françaises et américaines. Pendant deux semaines, j’ai dévoré tous les articles qui me passaient sous les yeux. Je voulais tout lire, tout suivre malgré la distance. J’ai fait absolument tout ce que j’interdis à mon fils : lire à table, écouter d’une seule oreille quand on me parle, rester scotchée pendant des heures devant l’ordi… Si j’avais pu lire les news sous la douche, je crois que je l’aurais fait… (à quand la salle de bain connectée ?)  Et le pire, c’est que j’avais bonne conscience. J’étais poussée par un besoin irrépressible de comprendre, vérifier que mes proches (et leur entourage) étaient sains et saufs, atténuer la peine et ma culpabilité d’être loin de Paris… J’assumais pleinement mon virus, comme si la solidarité avec les victimes passait aussi par là. Lire me faisait du bien, un point c’est tout. J’avoue d’ailleurs que j’ai été surprise. J’ai vu des textes bouleversants, des gestes inattendus (si on m’avait dit que l’on mettrait spontanément des drapeaux français sur nos murs…), des analyses qui poussent à réfléchir…. J’ai découvert la solidarité sincère des Français de l’étranger, et les liens d’amitié profonds qui unissent le Texas à la France. Comme l’a rappelé le gouverneur Greg Abbott au lendemain des attentats.  « Quand le Texas a déclaré son indépendance du Mexique [en 1836],  la France a été l’un des premiers pays à reconnaître cette indépendance. Nous n’avons pas oublié son attachement (..) et le Texas se joindra demain aux autres états pour rendre hommage aux victimes (…) ». Je n’en avais pas conscience. Va falloir que je potasse « L’histoire des US pour les nuls » (Non, cher Père Noël, ceci n’est pas une commande).

Tranquillement, mon syndrome commençait à s’estomper. Du moins, c’est ce que je croyais. jusqu’à ce qu’apparaissent des complications. D’abord une réaction allergique. J’ai frôlé l’œdème de Quincke  avec les « Pray for Paris » relayés par les politiciens de tous poils (surtout ici aux US) comme si la prière était leur seul levier d’action face aux atrocités du monde… Pour la première fois de ma vie, j’ai eu envie de leur adresser des phrases du Dalaï Lama : « Ne priez pas pour Paris, travaillez pour la paix. (…) Les humains ont créé ce problème et ils doivent le résoudre ». C’est sûr, ça change des condoléances formatées de la classe politique…

Puis la fièvre est montée d’un coup. J’ai attrapé un gros coup de chaud en lisant les propos chocs de Donald Trump extraits de son meeting à Beaumont au Texas : «Regardez Paris, avec les lois sur le port d’armes les plus restrictives du monde, personne n’avait d’armes sauf les méchants (…) On peut dire ce qu’on veut, s’ils avaient eu des armes, (…) la situation aurait été très, très différente ». Il n’est d’ailleurs pas le seul à le penser. Selon la presse américaine, les ventes d’armes auraient explosé aux US suite aux attentats de Paris (30% d’augmentation au Texas par rapport à 2014)…. Un commentaire et des chiffres plutôt ironiques quand on pense à la fusillade de cette semaine aux Etats-Unis…  et franchement, tout ça ne m’aidait pas à guérir mon syndrome.

Heureusement, j’ai fini par trouver l’antidote. Le remède miracle. Un matin, alors que j’avais à nouveau la tête dans un écran, j’ai entendu une petite voix me dire : « c’est pas juste, toi tu regardes ton téléphone tout le temps pendant qu’on mange, et moi j’ai pas le droit. Si ça continue, j’amène mes jeux à table ». Croyez-moi ça m’a fait réfléchir. Une véritable douche froide. J’ai beau faire la maligne et jouer les femmes modernes, j’assume plutôt mal le rôle de mère indigne. L’effet kiss cool a été salvateur…. Pour la première fois en 15 jours j’ai posé mes armes : ordinateur, téléphone portable, tablette. J’ai fermé les écrans. Débranché le réseau. Et enfin réussi à faire la part des choses. Fini les posts Facebook en intraveineuse et les écrans planqués sous mon lit. J’ai regardé mes deux hommes et reconnecté mes neurones. En un claquement de doigts j’ai quitté le virtuel pour profiter du présent… On ne m’y reprendra plus… Parole de cyber-addict anonyme !

Copyright : ©Aleutie/Fotolia.com

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